Épisode 6 : 1er septembre 1931 – 30 septembre 1931

 

Traversée des gorges du Guez. – Cavaliers. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée des gorges du Guez. – Cavaliers.
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Les Pamir quittent Misgar, partiellement réunis. Le Fèvre a retrouvé son confrère, le journaliste Maynard Owen Williams. Ils approchent de la frontière du Sin-Kiang.

« Ce que nous trouvons […] après la descente du col dont nous commençons à dévaler les pentes, c’est un carrefour unique où meurent des mondes différents.

Kultukuruk. Premier campement de nomades. Des Kirghizes. Ils ne se sont établis ici que depuis deux ans et vivaient autrefois au Turkestan russe. On ne voit aucun Kirghize en Afghanistan ou au Kashmir. Ce que nous éprouvons là devant ces hommes à tchapanes ouatées, aux bottes et aux bonnets fourrés, c’est le sentiment de trouver enfin ce pourquoi nous avons tous voulu partir, en quittant pour 18 mois ce qui nous était cher en France : une humanité qui, bien que nous la voyions pour la première fois, nous paraît la plus ancienne du monde […] tout cela devait laisser en nous une impression telle qu’une voix unanime déclare que c’est le plus beau jour de notre voyage depuis le départ de Beyrouth ».

Cette impression a sans doute été renforcée par la traversée éprouvante du massif du Pamir.

Sin-Kiang. – Ruines de Bezeklik. © CITROËN COMMUNICATION
Sin-Kiang. – Ruines de Bezeklik.
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L’aventure se poursuit dans un nouveau décor et avec un nouvel équipage. Certains animaux sont remplacés par des yaks. Victor Point envoie des véhicules aux Pamir. Le gouverneur a enfin donné son accord, en échange d’une voiture T.S.F.. Une pause dans l’expédition permet de définir son organisation logistique quotidienne. Les voyageurs progressent les uns derrière les autres, formant ainsi une longue caravane. Des porteurs et des animaux, commandés à l’avance et renouvelés lors de grandes étapes, sont régulièrement engagés. Ainsi, un groupe de porteurs et d’animaux ne fera qu’une partie du trajet, généralement dans son propre pays. Les autochtones recrutés sont payés au jour de marche, mais aussi, lorsque la route est longue, aux jours d’attente.

Traversée des gorges du Guez. – Caravane de dromadaires. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée des gorges du Guez. – Caravane de dromadaires.
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Le nombre d’accompagnateurs varie en fonction des pays. Un âne ne peut guère porter une charge lourde (environ 20 kilos), contrairement aux chameaux.

« Le chameau, malgré son grand air candide, est né malin. Dès qu’il sent qu’on dépasse quelque peu la charge qui lui est assignée, il pousse des cris affreux. Ces cris ressemblent à ceux que font les portes disjointes ou les armoires de pitchpin trop neuves dans les hôtels de province ».

La charge habituelle d’un chameau est de 180 kilos pour une étape de 30 kilomètres en moyenne. Les chameaux peuvent porter jusqu’à 350 kilos, mais les Pamir ne leur font porter que 100 kilos, ce qui n’empêche pas les animaux de protester !

« Et ils trouvent le moyen de gémir… ».

Le périple reprend, offrant de nouveaux paysages.

« Cette fin d’après-midi, aujourd’hui, est bien belle. Un horizon, en face de nous, brusquement reculé. Toute notre caravane brusquement sous nos yeux : soixante chameaux et soixante poneys. Quelques-uns de nous, galopant dans les hautes herbes. Comme il faut de temps en temps, franchir un ruisseau, ou chercher un passage plus facile, les chameliers qui conduisent une file de douze bêtes en général, font en cherchant le chemin le plus facile, serpenter leur convoi qui forment dans la plaine des guirlandes, des rondes, des couronnes de chameaux, infiniment décoratives ».

La traversée des cols au niveau de Karasu est l’occasion de découvrir d’étranges phénomènes terrestres :

«  Phénomène assez curieux. Vers 10 heures, quand le soleil se lève, la neige ayant cessé, nous remarquons que, fait unique, les ombres portées par nos chevaux et nous-mêmes, se trouvent à notre gauche, c’est-à-dire du même côté que le soleil. C’est un phénomène de réfraction. Le ciel, du côté où luit le soleil étant de luminosité moins forte qu’à l’ouest où il est éblouissant, les rayons lumineux se réfléchissent en face et c’est indirectement que ses rayons nous atteignent ».

Traversée des gorges du Guez. – Caravane de dromadaires. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée des gorges du Guez. – Caravane de dromadaires.
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Si les voyageurs appréhendaient le franchissement des chaînes du Pamir, ils redoutent à présent le passage des gorges du Guez. Cette route est un véritable chemin de croix. Les hommes et les chevaux chutent sans cesse, le trajet se prolonge indéfiniment. Les pierres déferrent les chevaux, ce qui oblige leurs cavaliers à poursuivre la route à pieds, « chemins en corniche vertigineux », jusqu’à Tokhai. Les yourtes laissent place aux maisons. La troupe est épuisée par la traversée des montagnes.                             

«Tout à coup, nous ne pouvons plus retenir les chevaux. Ils escaladent la dernière crête au galop. Victoire ! La vraie sortie ? Devant nous, la plaine, un horizon que ne limite plus aucune barrière montagneuse. La plaine de Kasghar ! ».

Une fois en ville, les Pamir sont reçus par le tao-tai. Celui-ci leur rappelle que l’expédition a certes le droit de traverser le pays, mais ne peut en aucun cas mener une quelconque activité scientifique. On essaye d’obtenir l’autorisation de filmer et de photographier la région, en faisant passer cela pour un travail artistique et non de recherche.

 

Aksou. © CITROËN COMMUNICATION
Aksou. © CITROËN COMMUNICATION

Les voitures de Victor Point – petit détachement du groupe Chine  – qui sont à Aksou, ont l’autorisation de venir à la rencontre des Pamir.

« Nous quittons Faizabad par une bien belle matinée. Il semble que dans cette ville, le caractère chinois soit davantage accentué. Nous passons plusieurs fois sous ces arches de bois peint et gravé, qui sont comme me l’explique Williams, des espèces de monuments commémoratifs dressés par des veuves inconsolables à leurs défunts ».

Noble intention destinée, en réalité, à honorer les familles les plus illustres de la région, en vertu du confucianisme.

La pérégrination vers l’Est se poursuit. Les Pamir rebroussent le chemin légendaire du moine bouddhiste Xuanzang, du célèbre roman chinois Saiyuki. Pour ce faire, ils suivent un bien étrange fil d’Ariane :

« Nous suivons toujours la ligne du télégraphe installée par les Anglais et qui nous donne l’orientation ».

Ils se dirigent toujours plus à l’Est, vers le Levant.