Épisode 5 : 23 juillet 1931 – 31 août 1931

Traversée du massif du Pamir. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée du massif du Pamir.
© CITROËN COMMUNICATION

À la fin du mois de juillet, le voyage est marqué par une série de rebondissements. Les instances officielles sont sans nouvelles du groupe Chine depuis le 2 juillet. Silence radio.

« Maintenant… il se peut, nous dit Laplanche (le télégraphiste, ndlr), que Point se trouve dans une position géographique, une zone où les ondes ne passent plus.

• De telles zones existent donc ?

• Oui.

Pourquoi ?

• On constate le fait. On ne le comprend pas ».

Les difficultés de communication deviennent extrêmement préoccupantes. Les premiers de la caravane des Pamir, partis quelques jours plus tôt, ne manifestent eux aussi aucun signe de vie. Le désert a laissé place à la neige et à un silence pesant.

Ouroumtsi sous la neige. © CITROËN COMMUNICATION
Ouroumtsi sous la neige.
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Le 25 juillet, le groupe Chine donne enfin des nouvelles. La T.S.F. capte difficilement le message. Victor Point, sorti de dix jours d’emprisonnement, demande l’aide des Affaires étrangères. Le gouverneur, à Ouroumtsi, menace de réquisitionner les véhicules. « Nous restons stupides. Les voitures réquisitionnées ; l’interdiction d’aller plus loin… alors, quoi… fini, le beau rêve du Turkestan ? ». Les ondes sont sur écoute.

Maintes questions se posent alors : que faire ? Changer d’itinéraire ? Voir le groupe Chine rebrousser chemin ? Attendre de nouveaux véhicules ? Passer par le cœur des Indes ? Cette hypothèse ne réjouit guère Le Fèvre, car la région a déjà fait l’objet de nombreuses expéditions, offrant une bonne connaissance de ce territoire. Poursuivre ainsi le voyage serait alors moins intéressant que d’emprunter des zones inexplorées, à l’image de celles qu’ils ont déjà traversées. L’écrivain essaye cependant de conserver son optimisme : « Faisons confiance à l’extraordinaire persévérance de Georges-Marie Haardt qui saura réagir certainement contre ce nouveau coup ».

Traversée du massif du Pamir. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée du massif du Pamir.
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Le troisième groupe Pamir poursuit son périple. Franchir les montagnes à dos de poney ravit Le Fèvre, néanmoins soucieux de ses camarades. Le décor lui rappelle les Alpes. Par endroits, il y a plus de deux mètres de neige. « À un détour de la piste au fond de la vallée que nous suivons depuis ce matin se profile tout à coup très loin, une crête neigeuse de dimensions qui font réfléchir ». C’est le Nanga Parbat, le neuvième sommet le plus haut du monde (8 125 mètres d’altitude). Le premier alpiniste à accomplir son ascension avec succès sera Hermann Buhl, en 1953.

Dans ces contrées, la réception des télégrammes est très mauvaise. Ceux-ci rythment le quotidien des Pamir. Tout est mis en œuvre pour venir en aide au groupe Chine. Le voyage continue, sans aucune certitude de pouvoir traverser la frontière du Turkestan.

Traversée du massif du Pamir. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée du massif du Pamir.
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Le 3 août, la situation semble cependant s’améliorer pour Victor Point. Les hommes sont libérés et le matériel leur est restitué. La route, politiquement dégagée, serait accessible jusqu’à la ville de Kachgar. Le rêve de pouvoir franchir la frontière du Turkestan renaît. Néanmoins, les recherches scientifiques sont strictement interdites par le gouverneur, et les difficultés liées à l’état des routes demeurent : « Nous arrivons cependant près du Mile 7 où la marche du 2ème groupe s’est trouvée ralentie pendant 48 heures… et nous comprenons. La route complètement effondrée par une avalanche sur 50 mètres de long a exigé sans aucun doute un démontage complet des voitures, puis un remontage au Mile 8 ou 9. Audouin-Dubreuil prétend que la première opération ne demande pas plus de 3 heures ; la seconde, 4 ».

Le 10 août, le groupe de Georges Le Fèvre rattrape le Scarabée d’or, en phase de démontage pour être conditionné en caisse. Son voyage a été aventureux : « Eh… Normand, tu te rappelles ? Ces fameux virages au palan. Dites donc, il avait les bandes de roulement suspendues au haut du virage et les roues avant qui plongeaient dans le ravin ! ».

Le 11 août, les Pamir reçoivent l’interdiction officielle du gouvernement de Kachgar (Sin-Kiang) de passer la frontière. Puis, ils reçoivent une autorisation officielle de Nankin (l’une des deux capitales de Chine avec Pékin), d’entrer dans le Sin-Kiang. Il s’agit d’une province autonome de Chine (à l’instar du Tibet), connue aussi sous le nom de Turkestan oriental. Le 14 août, on apprend que le groupe Chine est resté prisonnier de son camp. Le gouverneur du Sin-Kiang désirerait qu’il quitte immédiatement la région, mais ne le laisse pas repartir pour autant.

Sin-Kiang. – Ruines de Bezeklik. © CITROËN COMMUNICATION
Sin-Kiang. – Ruines de Bezeklik.
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Les Pamir patientent à Gilgit. Le 19 août, ils reçoivent un nouveau télégramme : le gouverneur veut bien les laisser entrer dans le Sin-Kiang, mais refuse de laisser partir le groupe Chine. Cette perspective est inenvisageable. L’équipage est menacé d’être réduit au strict minimum. Haardt refuse de céder à la menace et décide d’entrer tout de même dans la province : «  Partez vite, ne vous attardez plus en route ! ».

 

Membres de l’équipage au campement de Hindi. © CITROËN COMMUNICATIONLes explorateurs partent pour Hindi le 23 août. Ils y découvrent avec émerveillement les premiers paysages de l’Asie. « Ce qui excite d’abord l’étonnement, puis l’admiration, c’est la prodigieuse technique des gens de cette région dans tout ce qui concerne l’irrigation et la culture. Ils ont véritablement arraché à la montagne la moindre parcelle de terre cultivable. Les flancs de montagne arides sont sillonnés de rides qu’on pourrait prendre pour des sentiers et qui sont de véritables « sentiers d’eau » irriguant toutes les terres cultivables d’alentour. Dans ces gorges sauvages et d’une âpreté désertique se décèlent tout à coup de véritables oasis, des damiers de terres arables comme on peut en voir en Beauce ou en Normandie ».