Avant de concevoir et produire des véhicules, Peugeot avait investi le marché des arts ménagers. 200 ans après, la marque est toujours leader sur certains segments, en France et dans le monde. Nous vous racontons ici la belle et longue histoire.

Par définition, les arts ménagers englobent l’ensemble des activités et des installations liées à la vie matérielle à l’intérieur du logement et traitent des techniques qui ont pour objet de faciliter les tâches domestiques et de contribuer au confort.

Aux Etats-Unis, Catherine Beecher (1800-1876) met en avant la nécessité de l’organisation dans la maison et publie, en 1869, « The American Woman’s House » (La Maison de la Femme Américaine). Ce livre montre l’influence des moyens de transports, sur l’évolution de la technique du logement, comme par exemple, l’aménagement des cuisines dans les navires ou dans les wagons par George Pullman.

En France, pour pallier les désordres engendrés par les bouleversements sociaux-économiques de la seconde partie du XIXème siècle, on prône les cours d’éducation ménagère. En effet, on pense que le manque de maitrise du rôle de maitresse de maison est l’une des causes de ceux-ci. L’enseignement de ces règles donnant des valeurs et des notions de sciences ménagères doit participer au rétablissement de la situation, tout en reconnaissant le rôle essentiel de « la femme moderne » dont l’activité est « relative d’une part au bonheur et à la prospérité de la famille, et d’autre part au travail qui assure son existence ».

Augusta Moll-Weiss fonde, en 1904, « l’école des mères ». Elle y enseigne l’économie domestique, l’hygiène, la cuisine, les soins aux enfants, aux malades et elle les exerce, entre autres, à la couture et au repassage. Elle considère cet apprentissage comme « une éducation pratique et altruiste » visant à « compléter l’éducation théorique et personnelle déjà reçue ».

La première guerre mondiale achève de briser les codes et les règles de la société.

La notion « d’Arts Ménagers » prend forme dans l’entre-deux-guerres. Les difficultés pour se loger et se nourrir correctement créent, par réaction, une volonté d’amélioration du confort de vie dans les classes élevées.
Paulette Bernège est l’une des premières à vanter l’utilisation des appareils domestiques pour amoindrir la pénibilité des tâches ménagères. Il est à noter qu’à l’époque, ces articles sont acquis par les hommes, pour leurs épouses, que celles-ci soient issues de la classe ouvrière, bourgeoise ou plus aisée. Elles restent dépendantes de leurs maris.
L’intérêt grandissant pour l’agrément de l’habitat et son confort aboutit à la création du « Salon des Arts Ménagers » de Paris en 1923.

Catharine Esther Beecher (1800–1878) est une éducatrice américaine. Elle est connue pour sa lutte pour l’éducation des femmes ainsi que pour l’intégration de l’école maternelle dans l’éducation des enfants. Elle est une pionnière dans le monde du design, par ses réflexions sur la rationalisation des déplacements et des gestes de la ménagère dans l’habitation. Elle fait valoir le bien-fondé de l’abolition de l’esclavage. Elle écrit quelques traités dont en 1840, le best-seller : « American Woman’s Home: Or, Principles of Domestic Science »

Augusta Moll-Weiss (1863-1946) est la fondatrice de l’école des mères. Elle souhaite offrir aux jeunes filles françaises un enseignement des notions qu’elles se doivent de connaitre avant le mariage. Augusta Moll fait des études littéraires et scientifiques mais alors qu’elle veut obtenir une licence, son mariage met un terme à ses études. La jeune mariée se consacre alors à sa vie familiale et, très vite, se retrouve mère de trois enfants. Le décès de son mari bouleverse sa situation et la contraint à gagner sa vie et à assumer seule les tâches de mère, de ménagère et de chef de famille.

Le Salon des Arts Ménagers
En 1923, sous l’impulsion du Jules-Louis Breton, (ministre de l’hygiène, de l’assistance et de la prévoyance sociales, créateur et premier directeur de l’office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions), ouvre dans un baraquement de la Foire de Paris au Champs de Mars le « Salon des appareils ménagers ». Celui-ci est consacré aux dernières inventions et aux recherches en cours dans ce domaine.
Il met en avant et récompense les inventeurs des meilleurs appareils ménagers.
Son succès grandissant le conduit à s’installer au Grand Palais à partir
de 1926 sous son intitulé le plus connu : « Salon des arts ménagers ».

Les premières productions Peugeot – Articles de grosse coutellerie Les premiers couteaux apparaissent sous forme d’éclats bruts de silex ou d’obsidienne il y a environ 25 000 ans. Le couteau trouve son emploi en tant qu’outil mais sert également d’arme. A partir de l’âge du bronze, les couteaux sont faits de métal et sont munis d’une poignée. Les Romains fabriquent les premières lames en acier. De nombreux types de couteaux utilitaires existent notamment dans le domaine de la construction, du bâtiment et de l’agriculture. Pour l’usage ménager, au XIVème siècle, les couteaux, dont le bout est pointu, étaient couramment utilisés comme fourchettes. Avec l’apparition de celles-ci, le bout des couteaux s’arrondit pour différencier les usages. Les couteaux prennent des formes diverses et variées suivant les pays, voir les régions ou le type de cuisines. Les différentes traditions culinaires se composent d’une série de couteaux plus ou moins importante. Ainsi, on trouve des couteaux d’usage général comme les abattes, couperets, désosseurs, hachoirs ou des couteaux d’usage plus spécialisé comme les couteaux à pain, à jambon, à saumon…

La production Peugeot. La petite coutellerie fait partie de la branche industrielle des articles laminés, tout comme les lames de scies. Sur commande, Peugeot Frères fabrique des couteaux à fromage, à morue ou des couteaux-scies à jambon. Les ustensiles de grosse coutellerie Peugeot sont directement issus de la branche d’outillage en fer forgé. Ainsi, au XIXème siècle, il est possible de se fournir en couteau à casser les pains de sucre, en couperets divers et hachoirs ou encore des lames pour coupe-pain. Après la première guerre mondiale, une lame est associée à un bâti afin de former un couteau à pain sur socle.

Le fer à repasser : L’ancêtre du fer à repasser est bien plus ancien que l’on peut s’y attendre. Dès lors que les hommes de la préhistoire, entre 130 000 et 70 000 ans avant notre ère, ont commencé à fabriquer des vêtements de peau cousus avec des tendons enfilés dans des aiguilles d’os. Les archéologues constatent qu’ils rabattent les coutures pour ne pas blesser la peau en utilisant un caillou comme support et un os de mammouth soigneusement poli que l’on peut considérer comme une forme primitive du lissoir. C’est en Chine que le premier fer à repasser apparait au Ier siècle avant JC : des casseroles en métal remplies de charbon de bois étaient utilisées pour lisser les tissus. À partir du XVIIe siècle, en Europe, on commence à employer des outils en fonte de forme triangulaire et munis d’une poignée que l’on chauffe dans un feu. Par la suite, on utilisa une boîte en fer remplie de charbons chauds périodiquement aérés à l’aide d’un soufflet attaché. Même si ceux-ci sont utilisés outre Atlantique jusqu’au tout début du XXème siècle, en France, l’Encyclopédie mentionne deux types de fers à repasser, les fers simples, évoqués précédemment, et les fers en cage. Ceux-ci sont chauffés par insertion d’un noyau de fer, chauffé à blanc, dans son corps creux. A cette époque, ils sont fabriqués à la main par des taillandiers qui en forgent et en ajustent les éléments métalliques.

La production Peugeot : Fondeur d’acier depuis 1810, Peugeot fabrique des fers à repasser depuis le milieu du XIXème siècle sur le modèle français dit en cage. En effet, la maison Peugeot maitrise la fonte du fer et des aciers. A la fin du XIXème siècle, Peugeot propose dans son catalogue, pas moins de 4 tailles de fers à repasser, livrés avec deux noyaux. Lorsque le premier est en cours d’utilisation, le second est au feu, permettant un échange de noyaux et ainsi continuer sa tâche sans avoir
à attendre. Pour plus de praticité, des porte-fers sont également vendus avec les fers à repasser.
L’évolution du fer à repasser passera par l’emploi de l’électricité,
et l’adjonction de l’utilisation de vapeur au cours du XXème siècle intégrant ainsi la famille de l’électroménager. A suivre…

Le Moulin à Café : Histoire du Café et du Moulin à Café Le café est introduit en Europe aux alentours de 1600, vraisemblablement par des marchands vénitiens. En 1615, sa consommation est devenue courante dans la cité des Doges qui importe le grain d’Egypte. A leur tour, les négociants hollandais et anglais commencent à le faire connaitre dans leur pays. Il faut attendre le milieu du XVIIème siècle pour le consommer dans le sud de la France et 1669 pour que la boisson arrive à Paris. L’attrait pour le café appelle à l’invention d’un objet spécifique, permettant de moudre le grain torréfié, tout en conservant au maximum ses arômes. A l’origine, le café est broyé à l’aide d’un mortier. Néanmoins, les importateurs d’épices, qui seront parmi les premiers à importer le café, mettront en évidence que les moulins à épices, une fois adaptés, pourraient remplir cet office. Les premiers moulins, dits à café, apparaissent en Europe et en Turquie au XVIIème siècle. En France, les premiers moulins sont connus sous la dénomination de « modèle Louis XIV ». Le bâti est fait d’un bloc de bois, souvent en noyer, dans lequel le mécanisme est inséré. De fabrication artisanale, il est réalisé, à la demande, par les taillandiers ou les maréchaux-ferrants.
Au cours du XVIIIème, le café se répand. Les moulins s’équipent d’un système de fixation sur table pour en faciliter l’usage et, véritable consécration, sont décrits dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
Le XIXème siècle voit le café se démocratiser, favorisé par l’ère industrielle qui met, à portée de tous, les moulins à café. Le blocus continental, imposé par Napoléon Ier, en 1806, interrompt les échanges de produits exotiques, comme le café, du fait des représailles anglaises sur les bateaux de commerce du continent européen. Les stocks s’accumulent. Avec la fin du premier empire, ces stocks sont libérés et cela provoque l’effondrement des prix du marché. Le café est accessible à toutes les bourses. Le progrès dans la fonte de l’acier va permettre une véritable industrialisation de la fabrication des moulins de comptoir pour épicerie ou moulins à usage domestique. Dès 1840, Peugeot s’impose sur ce nouveau marché.

Les Moulins à Café Peugeot : Les premiers moulins à café Peugeot apparaissent vers 1840 et la production prend rapidement une ampleur considérable pour atteindre, en 1889, 350 000 unités, soit environ 1000 moulins fabriqués par jour. En plus d’un siècle de production, plusieurs millions de moulins seront vendus sur tous les continents. En bois, en fonte, en métal, en bakélite, muraux ou électriques, à café, à poivre, à céréales, et même… à pavot, ils ont permis l’essor de la société avant la naissance de l’automobile et sont actuellement des objets de collection pour les amateurs d’art populaire. C’est le mécanisme qui a fait la réputation des moulins Peugeot. La « noix » et la « cuvette » en acier trempé sont forgées puis les dents sont fraisées de telle manière qu’elles coupent sans écraser les matières à moudre. Ce brevet permet de garantir à vie les mécanismes des moulins de la Marque au Lion.

Du sucre au poivre : Après ses premiers succès avec ce nouveau type de moulin, Peugeot prend à rebours le cheminement qui avait transformé les moulins à épices en moulin à café. Le moulin de base, décliné en 11 tailles, est adapté pour réduire, non plus le café mais le sucre, en poudre. En effet, le sucre était vendu sous forme de bloc, appelé communément pain de sucre, puisqu’il était quasiment impossible de le garder suffisamment au sec pour le vendre en poudre. Dans un second temps, avec la maitrise des processus de fabrication, Peugeot va progressivement miniaturiser son mécanisme de mouture afin de proposer des moulins à poivre ou poivrières.

Evolution des Moulins de 1840 à 1918, Les moulins de base
Le modèle R ou I a été fabriqué de 1840 à 1936 soit près d’un siècle durant. La boite est en hêtre teinté, la calotte de couleur bronze (R) ou peinte en vert (I) et la manivelle polie. C’est le plus connu des moulins au Lion.
Des matières innovantes A partir de 1870, Peugeot propose une gamme de moulins à café dont la boite est en tôle, façon bois. L’utilisation du métal, puis de l’aluminium complète la gamme en offrant une réponse à la demande de produits plus hygiénique. La gamme se diversifie. La tôle est d’abord découpée à la cisaille. La mise en forme de ces pièces de tôle, appelées « flans », se fait par emboutissage ou par agrafage.

Toute une gamme à moudre : une production élargie En 1899, on ne compte pas moins de 9 modèles de moulins en bois, déclinés jusqu’à 11 tailles, 4 versions d’un modèle dit Belge, chacun d’entre eux décliné en 3 tailles et 6 modèles en tôle. S’y ajoutent les moulins à engrenages, les moulins miniatures pour enfants et les moulins de table ou poivrières.
A côté des moulins à café domestiques, apparaissent les moulins d’épicerie, ou à usage intensif, en fonte. Répartis en 5 familles et désigné par les lettres A – B – C – D – E. Le Modèle A est à engrenages et noix verticale, le B est un modèle spécial pour le sucre, le C est à noix horizontale avec réceptacle à tiroir, le D est inspiré du modèle C mais sans réceptacle et le E est un modèle mural.
Les plus grands modèles des familles C – D – E sont vendus sous la dénomination de concasseurs pour graines. Pour compléter cette gamme, il existe aussi un moulin en fonte à cylindres cannelés pour pharmaciens et droguistes.
Evolution des Moulins de 1918 à 1950 La reprise de l’après-guerre. A la fin du premier conflit mondial, les établissements Peugeot Frères reprennent leurs productions d’avant-guerre et par conséquent la production de moulins. Le temps est à la reconstruction des outils de productions et à la simplification de l’éventail des productions.
Exit les grandes tailles de moulins en bois (6 à 9), simplification de la gamme. Idem pour les moulins en fonte, même si certains modèles sont vendus motorisés électriquement.
Au début des années 1920 apparait un moulin mural, le moulin-applique, plus connu sous le nom de « boite aux lettres ». Il sera suivi des moulins en faïence.
Avec les années folles, les formes évoluent et de nouveaux modèles apparaissent comme les moulins laqués imitation bois. La gamme des moulins en faïence se développe avec l’apparition de trémies décorées.
Lors de la seconde guerre mondiale, la production se recentre sur les modèles consensuels. Seul le moulin « cubique » apparait durant cette période. Ils seront à l’origine des modèles, en bois ou en acier inox, édités après-guerre.

L’électroménager
Après la seconde guerre mondiale, Peugeot se lance dans une nouvelle activité : la production d’appareils électroménagers…
La machine à Coudre Définition : comme son nom l’indique, une machine à coudre, est une machine à usage industriel ou domestique, qui permet de coudre mécaniquement. Elle exécute les points de couture grâce à deux fils, dont l’un est enfilé sur une aiguille et l’autre venant d’une navette. Historique : Les premières machines à coudre apparaissent au XIXème siècle. Elles étaient mécaniques et mise en mouvement manuellement. Les pionniers en la matière sont l’Américain Elias Howe, l’Allemand Balthasar Krems, l’Anglais Thomas Saint et l’Autrichien Joseph Madersperger. Leurs machines, complexes à l’usage, les relèguent dans les oubliettes de l’histoire… La première machine véritablement pratique est attribuée à un français, Barthélemy Thimonnier, tailleur de profession, vivant dans la région Lyonnaise. Ce dernier dépose, dès 1830, un premier brevet pour une « mécanique à coudre » ou « métier à coudre ». Machine en bois, à fil continu, en point de chainette cousant 200 points à la minute. 80 machines sont construites pour répondre à une commande d’uniformes de l’armée française. A cette époque, les inventions se bornent à reproduire le mouvement de la main, comme par exemple la machine de Madersperger qui s’appelait « La main qui coud ». Véritable petite révolution dans le monde de la couture mécanique, en 1934, l’américain Walter Hunt utilise une navette, et la couture se fera désormais grâce à deux fils. Perfectionnée par Howe, qui brevète son invention en 1846, la machine ne rencontre pas le succès escompté. Howe s’exile en Angleterre pour tenter de donner un nouvel élan à son affaire. En 1851, l’une de ses machines est en réparation chez Isaac Merrit Singer. Ce dernier, la perfectionne et en profite pour déposer un nouveau brevet et fonder sa société : I.M. Singer & Co. Contrairement à Howe, sa machine à coudre à usage domestique remporte un franc succès auprès du public. En France, sous le Second Empire, la France n’est pas en reste. Nouvelle révolution technique : la première machine à coudre à navette, fonctionnant au pied avec une pédale fut brevetée par Pierre Cobet en 1868. Ce brevet est racheté par Constant Peugeot qui possède une belle affaire de fabrication de pièces de filature à Audincourt (Doubs) et s’était lancé dans la fabrication des machines à coudre un an plus tôt.

Les Machines à Coudre Peugeot Les quatre frères Peugeot s’installent et fondent leurs entreprises en 1810. Les deux aînés, Jean Pierre et Jean Frédéric, s’associent et transforment le moulin à grain de Sous-Cratet en une fonderie d’acier puis un établissement de laminage à froid. L’usine utilise l’énergie hydraulique fournie par le Gland, petit cours d’eau qui traverse Hérimoncourt, et faisait tourner l’ancien moulin. Les deux cadets Charles et Jacques créent une filature de coton à La Chapotte, usine située en aval de Sous-Cratet sur la commune d’Hérimoncourt. Elle commence à fonctionner à partir de 1805. Elle démarre modestement puisqu’elle n’emploie alors que 12 ouvriers. Dès 1808-1809, elle fait travailler 90 fileurs et 200 broches en partie mues par la force hydraulique, qui produisent 8 tonnes de filés (ou textile simple) livrés aux fabricants d’Indiennes de Mulhouse. En marge de cette production, un atelier de fonte de broches pour métiers à tisser est également mis en service. En 1813, ils construisent une deuxième filature à Audincourt.

La fin des textiles En 1817, la production de fil de coton est de 45 tonnes. Elle passe à plus de 150 tonnes trois ans plus tard. Cependant, la mort, coup sur coup, de Jean Jacques Peugeot en 1818 suivie de celle de son frère onze mois plus tard, emportés tous les deux par le typhus, pose de graves questions pour l’avenir de l’entreprise et compromet l’avenir de la société « Peugeot Frères & Cie ». Les héritiers de ces derniers, trop jeunes, inexpérimentés, ne sauront comment faire face aux différentes crises, financière ou familiale qui vont suivre. Le verdict est sans appel, le 6 novembre 1837, gérants et financiers doivent se résoudre à déclarer l’affaire en faillite. Est-ce la fin de la branche textile ? Pas vraiment, moins de trois ans plus tard, Constant Peugeot la fera renaitre sous une autre forme…

La renaissance d’une marque ou l’héritage du textile
Profitant de la vente de certains actifs de Peugeot frères & Cie, Constant Peugeot, l’un des fils de Jean-Jacques, récupère les machines de fabrication de pièces de machine textile ainsi que l’usine de Sous-Roche. Il fonde, en 1830, la société Constant Peugeot & Cie. Héritier de la branche textile, il ne s’intéresse pas aux cotonnades mais bien à la fabrique de pièces pour métier à tisser qui existait en marge de l’entreprise de son aïeul.
La reprise opportune du secteur textile va l’aider dans ce projet.
L’affaire de Constant se développe énormément et sa renommée passe les frontières puisque la maison Constant Peugeot & Cie exporte dans toute l’Europe : c’est la branche Peugeot la plus en vue du moment.
Ce succès tient à plusieurs facteurs, tels qu’un savoir-faire technique assuré, une main d’oeuvre efficace et une conjoncture économique favorable qui porte les marchés textiles et pousse la mécanisation des usines. Au milieu du XIXème siècle, Constant Peugeot & Cie assure près des trois quarts de la production des équipements matériel textile du Doubs. Pourquoi s’arrêter ?

La machine à coudre, dans les années 1850, la maison Constant Peugeot & Cie s’intéresse à une nouveauté : la machine à coudre.
Cette étude est sage et raisonnée puisque dans la lignée de la production traditionnelle d’équipements de machines textiles. Le premier modèle est lancé en 1867. En 1876, les machines à coudre Peugeot remportent la médaille d’or de l’Exposition universelle de Paris. Elles viennent concurrencer les Singer, Grover, Wilcox ou Opel. Le mécanisme d’entrainement des machines à coudre est composé d’un double pédalier. A l’époque, certains raillent l’effet douteux de ce dernier jugé capable de « donner des sensations par son mouvement doux et régulier ». Exit le double pédalier, Peugeot met au point l’entrainement par plateau mobile.

Constant Peugeot Armand Constant Peugeot né le 22 juillet 1809 à Hérimoncourt, décédé le 20 décembre 1877 à Valentigney. Constant Peugeot est né à La Chapotte (commune d’Hérimoncourt), où son père et son oncle dirigent une filature de coton. Mais il devient orphelin assez jeune. Ses deux cousins, Charles et Victor essayent de reprendre l’affaire paternelle Mais la crise du textile de 1829-1832 les touche de plein fouet. En janvier 1829, la faillite est déclarée et les usines de La Chapotte, d’Audincourt et de Villard-les-Blamont sont vendues. La première est rachetée par les oncles Peugeot de Constant, les frères aînés de son père, Jacques Peugeot. Pendant toutes ces années, Constant Peugeot est envoyé à Nancy pour faire ses études. Il entre par la suite à l’école Polytechnique. Il obtient son diplôme d’ingénieur des Ponts et Chaussées en 1830. Aussitôt démissionnaire de l’administration, il rentre au pays, pour essayer de relancer une société avec ses cousins ruinés par la faillite de la filature. Dès son retour à Hérimoncourt il fonde, en 1830, la société Constant Peugeot et Cie avec l’apport financier de ses cousins. Il peut racheter, pour un prix modique, le « Matériel convenant à la fabrication de broches de filatures » aux nouveaux propriétaires de l’usine d’Audincourt qui ne s’y intéressent pas. Constant aménage le moulin Rémond de Sous-Roche, à Valentigney, en face de leur ancienne usine d’Audincourt. Il se met donc à fabriquer des « pièces détachées pour toutes les espèces de filatures de coton, laine, soie et lin ». Les débuts sont modestes car l’apport de capitaux est resté limité. Il emploie les premières années une dizaine d’ouvriers qui fabriquent des broches et des cylindres cannelés.
En 1836 il épouse Caroline Japy.
L’usine grandit : en 1840, 150 ouvriers font fonctionner 3 forges et 148 machines mécaniques. Ils produisent 150 000 broches à filer, 18.000 cylindres et 2 4000 métiers à tisser qui sont vendus en France, en Belgique, en Allemagne et même en Espagne. Son travail est récompensé par une médaille d’argent à l’Exposition des Produits de l’Industrie qui a lieu à Paris en 1845.
Constant est un inventeur qui perfectionne sans cesse ses machines et ses produits. En particulier il trouve un moyen pour remplacer l’ancien système de cordes de transmission du mouvement aux broches par une vis sans fin, munie d’un embrayage qui permet de les désolidariser les unes des autres sans les arrêter toutes.

En 1867 il commence à fabriquer des machines à coudre de différents modèles : pour la lingerie, la confection, la broderie, la cordonnerie, etc.

Evolution des Machines à coudre 1867-1945
Constant Peugeot & Cie (1867-1897) : Différents modèles sont construits pour la lingerie, la confection de vêtements, la broderie, la cordonnerie, etc… De nombreux brevets sont déposés dont celui de 1869 plaçant verticalement la bobine et celui de 1878 pour le Bâti de Salon, dit Guéridon. Cette même année, l’usine prend une ampleur considérable et emploie 700 personnes, toutes activités confondues.

Peugeot – Japy & Cie (1897-1908) : Depuis la mort de Constant Peugeot, et vraisemblablement sous l’impulsion de son gendre et héritier Philippe Japy (Constant et son épouse ayant eu deux filles), la société passe peu à peu sous le giron beaucourtois (la société JAPY est basée à Beaucourt, près de Belfort). La raison sociale de l’entreprise change et devient Peugeot Japy & Cie.

Peugeot Frères (1908-1939) : Quelques années plus tard, en 1908, les Fils de Peugeot Frères reprennent l’activité machine à coudre. Dès lors, le Lion apparait sur le bâti et le corps des machines. A partir de 1920, les machines peuvent être équipées, sur demande, d’un moteur électrique. En 1929, le premier modèle totalement électrique fait son apparition.

La production cessera, comme beaucoup d’autres, à l’aube de la seconde guerre mondiale.

La machine à laver le linge
L’avant lave-linge : Indissociable de la vision contemporaine de la société de consommation, incontournable de l’électroménager moderne, second appareil le plus présent dans les foyers après le réfrigérateur, le lave-linge n’a cessé d’évoluer depuis son apparition. Dans la seconde moitié du moyen-âge, le linge est lavé à la force des bras par les lavandières dont le travail est essentiellement manuel avec l’aide d’un battoir et s’effectue le long des cours d’eau ou dans des lavoirs. Ce métier permettait à celles qui l’exerçaient, au service des particuliers, de se réunir et travail faisant, d’échanger sur les dernières nouvelles du village… Ce travail n’en reste pas moins éprouvant, les lavandières passant leurs journées agenouillées. Si en été l’eau peut être rafraichissante, songez qu’en hiver, il fallait briser la glace des lavoirs pour accéder à l’eau. Pour être nettoyé, le linge est frotté puis battu à l’aide d’une planche de bois ou sur des pierres, lavé avec du savon et blanchi à l’aide de charbon.

L’invention du lave-linge : Les premiers brevets, liés à la construction de machines, capables de laver le linge de façon mécanique, sont déposés à la toute fin du XVIIIème siècle. Le dépositaire est l’américain Nathaniel Briggs, originaire du New Hampshire. Pourtant, on doit l’invention à Jacob Christian Schäffer qui en est le véritable auteur. L’une des premières machines construites, est composée d’une caisse en bois, appelée « barboteuse », effectuant un mouvement de va-et-vient grâce à une manivelle. L’évolution se fait à tâtons, la machine à laver le linge ne fait pas d’émules. On cherche à reproduire mécaniquement le geste de la lavandière. Au milieu du XIXème siècle, apparait un nouveau type de machine, constitué d’un petit tonneau de bois dans lequel tournent des pales actionnées, là encore, par une manivelle. L’eau chaude versée dans la machine permettait au linge d’être lavé grâce aux mouvements de l’eau contre les fibres textiles.
Le lave-linge à « tambour » à entrainement électrique apparait vers 1910.
En France, le lave-linge est présenté au salon des Arts ménagers de Paris à la fin des années 1920. Dès lors il se démocratise peu à peu au détriment des lavandières dont le métier disparaît au cours du XXème siècle.
Les machines à laver Peugeot
Durant les années 1920, la société Peugeot Frères fabrique des machines à laver le linge. Le système breveté « Gyor », qui équipe ces machines, est certainement issu de la société R. Guyot, chargée également de la distribution des appareils. La production se compose des machines de « ville », de « campagne » et « hôtelière ».
Les Machines de « ville » Les machines numéro 1 et 2, pour fourneau à gaz ou cuisinière (ou réchaud vendu en option) et équipées d’un tambour en cuivre en remplacement du tambour galvanisé.
Les Machines de « campagne » Les machines numéro 3 et 4 avec foyer fonctionnant au bois ou au charbon. La machine numéro 4 pouvait être équipée d’un alternateur inverseur qui assurait la rotation du tambour laveur dans les deux sens et supprimait ainsi toute manipulation.
Les Machines « hôtellerie » La machine numéro 5, de très grande capacité (16 draps) avec foyer au bois ou au charbon et entrainement électrique.
Les Accessoires : Certains accessoires en rapport avec la machine à laver le linge étaient également proposés au catalogue. De petites essoreuses manuelles à fixer sur le couvercle de la machine qui servait alors de bac à essorer, une essoreuse-centrifugeuse de grande capacité pouvant essorer 50 kg de linge par heure ou même une machine à repasser pour collectivités avec une largeur utile de repassage de 1 m.
Evolution des Machines à Laver le linge : La production de machines à laver le linge Peugeot s’est arrêtée au début des années 1930. Avec la crise économique mondiale, Peugeot se recentre sur ses activités les plus rentables.

L’électroménager
Définition : l’électroménager représente l’ensemble des appareils électriques à usage ménager. Celui-ci apparait au début du XXème siècle aux États-Unis. La maitrise de l’énergie, l’avancée des techniques et la miniaturisation des motorisations électriques sont autant de progrès qui vont permettre de le rendre accessible au plus grand nombre. La révolution des arts ménagers se fait en grande partie dans la cuisine. Il se divise en deux branches distinctes : le petit et le gros électroménager. Le petit électroménager regroupe les petits appareils de préparations culinaires et de préparation du café, le repassage, l’entretien des sols et l’hygiène et soin du corps. Le gros électroménager regroupe quant à lui les appareils de cuisson, de froid et de lavage.

Les moulins électriques : Après les moulins en fonte motorisés, apparait en 1930 le modèle de ménage automatique n°1. Celui-ci a été décliné en moulin pour hôtels n°2 et pour commerçants n°3. Ces moulins sont assez encombrants, du fait que leur motorisation est externe au corps du moulin et qu’elle entraine celui-ci par une courroie. Le moulin électrique, dit domestique, apparait quant à lui en 1952. Le modèle Lion sera suivi deux ans plus tard du modèle Ecureuil. Puis se succèderont les moulins Weekend, le Ric, la série des Rubis, le lionceau le Rallye, spécialement dessiné par le designer Roger Tallon, et les modèles 925 et 926.

Le Peugimix ou la révolution du robot ménager : La réponse à un besoin : l’art culinaire est un ensemble de traditions qui, dans chaque nation, dans chaque région d’un pays, dans chaque famille, se sont perpétuées de génération en génération depuis des siècles. Mais les conditions matérielles de l’existence ont évolué. Il fallait que les méthodes de préparation de la cuisine évoluent parallèlement, que le temps de préparation des aliments puisse être réduit au plus strict minimum, pour qu’au foyer familial ces précieuses traditions ne risquent pas d’être abandonnées. C’est à cela qu’a répondu, et d’une façon magistrale par l’ampleur et la mise au point de la solution, le « bloc ménager » de Peugeot.

Ce « Peugimix » est le premier appareil du genre conçu et produit en France, petite machine électro-culinaire à usage très multiples, aussi commode, précise et robuste qu’esthétique. Sa composition et ses fonctions : le Peugimix est essentiellement constitué par une puissante « tête-moteur » à variateur de vitesses équipée de batteurs travaillant dans des bols, la tête-moteur et les bols s’adaptant à un support particulier. C’est bien cet ensemble Batteur-Mélangeur-Malaxeur-Pétrisseur qui constitue la partie la plus originale de la conception. Rapidement et sans
le moindre effort, elle permettra de réaliser les plus utiles, les plus difficiles, les plus longues et les plus fatigantes préparations culinaires que l’on devait effectuer, jusqu’à présent, à la main.De plus, un certain nombre d’accessoires peuvent se monter sur la tête-moteur. Ils permettent d’autres préparations qui réduiront d’autant le temps passé à la cuisine. Deux d’entre eux, un hachoir et des râpes, sont particulièrement intéressants. Les autres, mixer, moulin et presse-fruits, rendront d’autres services non moins appréciés.

Toute une gamme de petit électroménager Depuis sa création, la société Peugeot Frères se base sur la qualité de sa production pour faire sa publicité. En 1960, le slogan publicitaire de la Marque au Lion est : « de l’outillage à l’automobile… Peugeot, la qualité qu’on ne discute pas. » Celui-ci englobe toutes les productions, dont les articles ménagers, branche connue pour les fameux moulins à café. En 1958, Peugeot fait appel à Roger Tallon pour rafraichir le design de son petit électroménager et associer le beau à la robustesse. Ainsi, plusieurs appareils seront produits sur la base de ses dessins, comme le batteur électrique « Chantilly » aux lignes modernes et élégantes, le moulin à café électrique « Rallye » au design rationnel et harmonieux tout comme la brosse lustreuse électrique « Norly ». On retrouve ces lignes novatrices dans toute la gamme redessinée à cette époque, que ce soit sur le hachoir familial électrique ou le fameux robot électro-culinaire Peugimix : 7 appareils en 1.

Les arts ménagers Peugeot, une belle histoire qui perdure. Vous pouvez acheter des articles à la Boutique du musée à Sochaux ou directement sur internet :  http://boutiquemusee.peugeot.com/